…reste à Vegas, n’est-ce pas ?

En est-il de même pour le cancer une fois la rémission proclamée ?

Suite à l’annonce de ma rémission en septembre 2016, je n’ai pas vécu de dépression.

Pendant la maladie, j’ai beaucoup entendu parler de cette dépression « post traitement » qu’évoquaient les survivantes.
Comme antidote, j’ai abordé mon traitement avec l’état d’esprit suivant : « Ma vie ne tournera pas uniquement autour du cancer pendant ces prochains mois. » Je refusais de m’enfermer dans et avec la maladie.

Ainsi, même si mon agenda comptait des réelles contraintes :

  • soins infirmiers
  • RDV médicaux (oncologue, acupuncteur, homéopathe, prises de sang, diététicienne)
  • RDV avec la psychologue
  • séances de chimiothérapie,

je planifiais aussi des activités « plaisir » :

  • cours de tricot
  • visites aux musées
  • sorties lèche-vitrine (pas de shopping, finances obligent)
  • repas avec les amis
  • week ends en amoureux ou en famille
  • cours d’art thérapie, des séances de sport, des ateliers de socio esthétique à la Ligue contre le cancer
  • RDV au spa
  • lecture à la bibliothèque municipale

Je ne dis pas que tous les jours étaient agréablement occupés.
Il arrivait que la fatigue et les douleurs déboulent pour balayer tous les projets de mon agenda.

Après la fin des traitements, j’ai continué les activités « plaisir » et j’ai opéré de profonds changements dans ma vie, pour gérer au mieux la peur de la récidive.
Manger sain, changer ma manière d’accueillir la vie pour tenter de tenir à distance la maladie.

J’ai eu envie d’agir pour les patients atteints de cancer. Faire de mon expérience une source d’espoir pour les autres.
J’ai gardé des liens avec la Ligue contre le cancer et autres associations.

Tout allait très bien pour moi… jusqu’au jour où j’ai été confrontée à la violente réaction de mon mari, qui ne supportait pas que je m’investisse dans ces sujets en lien avec le cancer, ni même que j’évoque le cancer.

J’ai compris qu’il voulait enfermer tout ce qui avait attrait au cancer dans un coffre et le jeter avec la clé au fin fond de l’océan.

Mes amis ont eu la même réaction.
Lorsque je leur parlais de mes activités associatives ou de mes nouvelles habitudes alimentaires, ils me disaient :  » Oui, mais tu es guérie maintenant! « . Je comprenais : « Pourquoi tu parles encore de cancer alors que tout est fini ?! ».

Je comprends le souhait de mon entourage de clôturer le chapitre douloureux de mon cancer. À vrai dire, j’envie mes proches car ils peuvent passer à autre chose et reprendre le cours de leur vie « sans -mon- cancer ».

Pour moi, c’est tout simplement im-pos-sible ! Comment redevenir exactement la même personne après avoir traversé une telle épreuve ?
Après tant de douleurs, violence, tristesse, deuils à faire, peurs, je ne me rappelle même plus comment je me sentais « avant » !
Mon insouciance évaporée et les prises de conscience liées au cancer ont fini de reléguer le « moi d’avant » à un lointain souvenir.

J’espère juste que mes proches se rendent compte que je ne suis plus la même qu’avant. J’espère qu’ils m’apprécient pour ce que je suis aujourd’hui : la Céline d’avant qui a évolué suite à un gros coup sur la tête.

Tout ce qui se passe à Vegas, reste à Vegas… pour mon entourage.

Pour ma part, j’ai toujours un jeton de poker en souvenir qui traîne dans ma poche.

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